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Burkina : La valorisation du Dan Fani devenue cheval de bataille

© aOuaga.com par A.O

Le port du Faso Dan Fani a connu un boom ces dernières années au Pays des Hommes intègres. Les créateurs de la haute couture, les autorités, les stars, bref tout le monde s’est emparé du mouvement et l’a porté vers le marché de la mode. Ce regain d’amour et de fierté dans le port du Dan Fani fait le bonheur des couturiers et des tisserands.
« Il y a tellement de modèles que l’on peut faire avec ce pagne», confie Ibrahim Konté, un couturier qui s’est spécialisé dans la couture dame du Faso Dan Fani. Dans son atelier situé au quartier Patte d’oie de la ville de Ouagadougou, on trouve toute sorte de Dan Fani. De toutes les couleurs et de tous les motifs, des brillants, des sobres, des vifs… Une de ses clientes, Adéline Nikiéma, a laissé entendre que le Dan Fani est au top de la mode. « Il fait habillé, tu peux le porter pour des grandes occasions comme les mariages, les diners et autres, il a plus de valeur même que les robes chics importées qu’on voit en boutique », affirme-t-elle les yeux admiratifs de sa robe en Faso Dan Fani rose qu’elle est en train d’essayer.
Celle-ci, longue, de couleur rose et perlée et faite d’un mélange de Dan Fani et de satin lui a coûté 35 000 F CFA soit le pagne Dan Fani à 15 000F et la couture 20 000 F. « Je suis suis satisfaite », se rejouit-elle.
Des clientes comme Adéline Nikiéma, Ibrahim en reçoit tous les jours. « Il y a des modèles qu’on coud à 15 000 F, à 20 000 F, à 50 000 et même plus. Tout dépend de ce que la cliente veut », confie-t-il.
George Kaboré alias KGO, lui, s’est spécialisé dans la couture homme des vestes, des chemises, des pantalons, des boubous en Faso Dan Fani. Il avoue qu’au début il y a eu quelques ratés du fait qu’il était habitué à la couture des tissus légers mais maintenant il est « un maître en la matière». « Beaucoup d’autres tailleurs viennent apprendre avec moi », se vante-t-il. Selon Kagéo, ce qui est à la mode actuellement, ce sont les vestes en Faso Dan Fani. « Les hommes en rafolent, ils les portent pour aller au boulot et pour les cérémonies. Aussi, actuellement, beaucoup de personnes cousent des vestes en Dan Fani pour leur mariage ; ça fait original », révèle-t-il. Même si la couture des vestes en Faso Dan Fani est compliquée, elle est bien payée, selon lui.
La valorisation du Dan Fani est devenue le cheval de bataille de bon nombre de personnes, des stylistes aux associations, en passant par les plus hautes têtes du pays. Hommes comme femmes, tous s’y mettent pour faire de ce pagne une tenue officielle.

11 Décembre 2017, Gaoua Les premières autorités en Faso Dan Fani

Le Président du Faso, lui-même, donne le ton. En effet, lors de ses visites officielles ou apparitions médiatiques, il est le plus souvent en Faso Dan Fani. Toute chose qui réjouit les tisseuses.
Alizéta Ouédraogo est tisseuse. La cinquantaine, elle tisse depuis près de 30 ans. Elle a appris le métier avec sa mère qui elle-même l’a appris de la sienne. « Dans le passé, je n’arrivais pas à m’en sortir dans le tissage. Les gens commandaient les pagnes avec moi pour les mariages ou des funérailles, j’étais obligée de faire d’autres activités pour joindre les deux bouts », se rappelle-t-elle. « Mais aujourd’hui, je n’arrête pas. Je passe mes journées à tisser. De commande en commende, j’ai dû recruter deux de mes belles-filles pour m’aider. Les gens en commandent de toutes les couleurs et motifs ». Même si le travail est fatiguant, Dame Alizéta et ses belles-filles ne se plaignent pas. Bien au contraire, elles arrivent à tirer leur épingle du jeu.
Le Faso Dan Fani se traduit littéralement par « le pagne tissé de la patrie ». Progressivement, par le biais de vitrines comme le Salon international de l’artisanat de Ouagadougou (SIAO) et les concours nationaux, la mayonnaise a pris. Le Burkina, un pays à forte production de coton, s’est fait un nom par son pagne traditionnel fait à base de ce coton-là.


 La petite histoire du Faso Dan Fani …

L’arrivée au pouvoir en 1983 de Thomas Sankara va avoir une très grande incidence dans le secteur du tissage féminin. Le discours qu’il a prononcé le 8 mars 1987 à l’occasion de la Journée internationale de la femme, illustre d’une part son engagement à la promotion de la femme et d’autre part son engagement à la promotion des tissages locaux ou Dan Fani. Il faut retenir deux phrases dans son discours : « La femme doit s’engager davantage dans l’application des mots d’ordre anti-impérialistes, à produire et consommer burkinabè, en affirmant toujours comme un agent économique de premier plan, producteurs comme consommateurs des produits locaux ». (Sankara, 2001, page :38) ce n’est pas un index suffisamment informatif. Plus loin, il précis : «  La femme dans son foyer devra mettre un soin à participer à la progression de la qualité de vie. En tant que Burkinabè, bien vivre, c’est bien se nourrir, c’est bien s’habiller avec des produits burkinabè». (Sankara 2001, page : 38).
Thomas Sankara fixe alors un double objectif : produire et consommer. La production du Dan Fani va alors se structurer. Progressivement les femmes qui tissent s’organisent en coopératives et sortent de l’invisibilité du statut de ménagère pour acquérir une reconnaissance sociale. C’est ainsi que se forme en 1984 la Coopérative des Productions Artisanales des Femmes de Ouagadougou (COPAFO). Dans la même lancée fut créée l’Unité Artisanale de Production (UAP Godé) puis l’Association des tisseuses du Kadiogo (ATK). Ces organisations de production de femmes se conjuguent avec un objectif de consommation locale, c’est-à-dire que les rouleaux d’étoffes tissées ne sont pas destinées à l’exportation mais à la population locale. Le principe donne lieu au mouvement Faso Dan Fani par lequel Thomas Sankara contraint son peuple à se vêtir en étoffes traditionnelles. Cela veut dire que tout fonctionnaire est obligé de se présenter au service en Faso Dan Fani. Celui qui ne le faisait pas était passible de sanction. Ce qui fait que le tissage s’est développé durant la Révolution.

 

J. Benjamine KABORE

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