mardi, août 3Nouvelles importantes

Tribune – «BANDER LA CRAIE »

Dans cette tribune, Miguel Kouama, Professeur certifié de philosophie, porte une réflexion sur l’apport de l’école burkinabé à travers les premiers acteurs que sont les enseignants, dans la lutte contre le terrorisme.

Depuis Janvier 2016, le Burkina Faso est sous la menace terroriste, et ce, de façon quasi permanente et cyclique. Nous sommes désormais en guerre, contre une hydre, à l’image de ce serpent fabuleux à plusieurs têtes, une pieuvre qui doit sa survie à la multitude de ses tentacules. Au même moment que nous pleurons nos victimes, côté militaire et civil, nous déplorons l’immaturité avec laquelle la classe politique dans son ensemble, appréhende le phénomène. En effet, au lieu d’aller à des propositions de solutions concrètes, on  assiste à un tapage médiatique dan lequel, chacun tente maladroitement de mettre à nu les insuffisances de l’autre, faisant ressortir des archives, qui portent plutôt à confusion. 

Dans cette guerre asymétrique qui fait de nombreux dégâts, une institution fait les frais  des anges de la mort. On pourrait penser, à juste titre à l’armée, mais mon propos ici pointe plutôt l’école burkinabè. Depuis l’assassinat de Salifou Badini, puis l’attaque à Kain dans le Yatenga ayant fait des victimes, l’école burkinabè est dans le collimateur. Et en cette journée de 04 Avril, on apprend avec torpeur que près de 150 écoles sont fermées dans le Nord et le Sahel ; d’autres écoles sont en instance de fermeture, si rien n’est fait.

Ce qui étonne, c’est que la classe politique burkinabè dans son ensemble semble jouer à la perfection, la politique de l’autruche, laissant l’école burkinabè couler, tel un Titanic vidé de ses passagers, fauché mortellement par un iceberg invincible.

Comment peut-on venir à bout du terrorisme ? Comment faire face à la menace ? Quelle est la part de l’école burkinabè dans ce combat de longue haleine ?

Miguel Kouama

Le réalisme et la sincérité nous commandent de dire que le terrorisme est un fléau contre lequel il n’y pas de victoire, pour lequel il n’existe aucun répit. Ainsi donc, la première question n’a pas à être posée, puisqu’une solution définitive face au terrorisme est une utopie. La question à se poser demeure comment faire face à ce fléau ; notre tribune concerne le rôle de l’école burkinabè dans la lutte anti terroriste. Nous vous proposerons le contenu de notre réflexion dans le présent article.

L’école burkinabè, maillon faible de la chaine sécuritaire, peut devenir la bête noire des terroristes, pour peu que l’on y mette stratégie et volonté politique. Au regard de leurs nombres, les écoles peuvent être transformées en points de renseignements. On peut donc sélectionner des écoles, pour la phase pilote, et construire progressivement un réseau national de renseignements au profit de l’Agence Nationale de Renseignement.

A ce niveau, on mettra l’accent sur un double volet de la gestion des ressources humaines. C’est ce que j’appelle la technique du cheval de Troie.

Premier volet : infiltrer les concours de recrutement d’enseignants du primaire et secondaire par des éléments de la police et de la gendarmerie, formés spécialement en espionnage, contre espionnage et collecte d’informations. Agissant sous le couvert de leur statut d’enseignant, ils peuvent être d’une efficacité sans pareille, dans la discrétion et la synergie.

Deuxième volet : former, depuis les écoles de formation, les enseignants nouvellement recrutés aux techniques élémentaires de défense, espionnage et collecte d’informations. Chaque enseignant formé se transforme en réserviste, cellule dormante, au profit de l’ANR…

Au niveau du contenu des enseignements, il faudrait intégrer dans les modules d’enseignement, des éléments permettant de connaitre les origines, les mobiles des mouvements terroristes (théorie, culture générale) et aussi les stratégies de défense ou de réaction en cas d’attaque (simulation pratique)… Beaucoup d’enseignants sous-estiment leur impact sur les élèves, et oublient par là, qu’ils ont un pouvoir sur ces jeunes dont ils ont la charge la formation. Le terrain qu’ils laissent vide, est vite occupé par certaines personnes dont la compagnie et les enseignements auront vite fait de radicaliser les jeunes dont ils se sont octroyé la charge et le mentorat.

Il revient donc aux enseignants de :

  • Prendre conscience de leur rôle, pouvoir et impact sur les élèves
  • Se former en connaissances sur le terrorisme
  • Créer un cadre d’échanges sur le terrorisme
  • Déconstruire les préjugés liés spécifiquement à la religion (on sait que l’Islam est maladroitement associé au terrorisme, alors que l’Islam signifie paix par essence) ou à l’ethnie (on pense que les populations du Nord, du Sahel sont des terroristes ou facilement versent dans l’apatridie pour des miettes)…
  • Permettre aux apprenants d’avoir un esprit critique, pour éviter de tomber dans le jugement facile, source de frustration
  • Permettre aux apprenants de développer un esprit patriotique, en renforçant en eux l’idée d’appartenance à la Nation, en insufflant en eux l’idée selon laquelle, malheur à eux, si l’ennemi passe par eux pour frapper leur pays, leur Nation…

«L’idée de toutes ces propositions est de travailler à adapter nos mentalités à la situation sécuritaire, de sorte à avoir des citoyens alertes sans verser dans la paranoïa. Des citoyens responsables de leur propre sécurité, qui ont le reflexe de dénoncer tout mouvement, véhicule suspect aux FDS.

Il faut s’adapter, car comme le dit Médine, « les dinosaures ont disparu, par manque d’adaptation ». Notre tour est venu, en tant que hommes et femmes de craie, aidons le pays, depuis nos salles de classe à faire face, ensemble, au terrorisme, en toute lucidité et dignité.

PS : toutes ces mesures ne sont pas à prendre de façon isolée, car l’idée de Nation est une construction théorique, certes, mais si l’Etat délaisse des zones, à travers une vision politique étroite et peu inclusive, il crée des frustrations sans précédent. La collaboration avec les FDS est importante, les leaders religieux doivent également jouer leur partition pour donner à voir aux fidèles, des symboles forts de communion inter religieuse…

Bonne fin de semaine : je n’ai pas voulu être long, de sorte à jeter les bases du débat et permettre à chacun d’enrichir le débat de ses apports.

 

Miguel KOUAMA

Professeur Certifié de Philosophie

Coach en prise de parole en public

kouamiguel@gmail.com

+226 70 24 52 78/ 75 20 20 73

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