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BÉNIN : IL FAUDRA PAYER CHER POUR ÊTRE PRÉSIDENT

Au Bénin, pour être candidat à la présidentielle, il faudra ouvrir le chéquier et débourser une forte somme en guise de caution, selon une proposition de réforme du code électoral à moins de trois ans de l’élection présidentielle. Avant même son adoption en plénière par les députés, le nouveau code électoral fait des gorges chaudes.

Deux cent cinquante (250) millions de francs CFA : c’est la caution que devront verser les candidats à la prochaine élection présidentielle au Bénin, fixée en 2021. C’est ce que prévoit la nouvelle réforme du code électoral adoptée, mardi 7 août, par la commission des lois de l’Assemblée nationale dominée par la coalition au pouvoir. Jusque-là, seulement un peu plus de 6.500.000 francs CFA étaient exigés pour se présenter à une élection présidentielle. L’objectif de cette nouvelle disposition est clairement de limiter le nombre de candidatures dans un pays qui compte près de 150 partis politiques. Lors de la présidentielle de 2016 qui s’est soldée par la victoire au second tour de l’homme d’affaires Patrice Talon, 33 candidats s’étaient présentés pour briguer la magistrature suprême. Un nombre de candidatures record dans l’histoire politique du pays. La nouvelle réforme du code électoral prévoit aussi la hausse du montant de la caution des partis politiques pour participer aux élections législatives prévues en avril 2019. Elle passerait de 8 millions à 200 millions de francs CFA par liste électorale.

©DR

Ce nouveau code doit être encore adopté en plénière par les députés, mais il suscite déjà de vives polémiques dans l’opinion publique et sur les réseaux sociaux. Les avis sont partagés sur la hausse du montant des cautions. Selon Orden Alladatin, membre de la commission des lois, proche du pouvoir, ce nouveau code électoral vise à favoriser le regroupement des forces politiques. “Il faut pouvoir contenir la flopée de candidatures fantaisistes qu’on a toujours connues par le passé. Il faut qu’on ait des partis forts et non des individus et des hommes forts”, a-t-il déclaré dans un média local. Un avis qui n’est pas partagé par certains observateurs de la scène politique béninoise qui parlent même de la création d’une République des riches . ”Le pouvoir estime qu’en rehaussant le montant des cautions, il empêchera la multiplication des candidatures. C’est une sélection par l’argent. Celui qui a l’argent dans la société pour postuler au poste de président de la République devient un candidat sérieux (…) C’est anti-démocratique de vouloir limiter des candidatures. Tous les citoyens qui le désirent doivent pouvoir se présenter. Conséquence, on aura des présidents de la République qui seront des représentants des groupes financiers ou des groupes mafieux”, explique Steve Kpoton, juriste et analyste politique.

Si cette réforme est votée en plénière par les 83 députés que compte l’Assemblée nationale, le Bénin deviendrait l’un des pays où il faut payer le plus cher pour briguer la magistrature suprême.

Péma Gaël, avec AFP

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