mardi, août 3Nouvelles importantes

AFFAIRE JEAN-CLAUDE BOUDA

Une occasion pour Roch de regarder les choses en face !

 

L’affaire Jean-Claude Bouda, du nom de l’ex-ministre de la Défense et des anciens combattants, mérite d’être analysée de façon froide, passé les émotions et la passion des premiers instants. L’un des plus fidèles du président Roch Marc Christian Kaboré est donc mis en examen pour « faux et usage de faux, blanchiment de capitaux, enrichissement illicite et délit d’apparence ». Cette affaire n’est que l’aboutissement d’un ensemble de dénonciations de cas de mauvaise gestion, régulièrement cités dans la presse et sur les réseaux sociaux.

Faut-il le rappeler, la mal gouvernance au Burkina Faso, a été l’un des facteurs nourrissants et déclencheurs de l’insurrection populaire des 30 et 31 octobre 2014. En s’opposant à la modification de l’article 37, les Burkinabè rêvaient également d’une autre façon de gérer les affaires de leur pays. Toutes les parties ayant pris part à l’insurrection, notamment les partis politiques, à commencer par le Mouvement du peuple pour le progrès (MPP) de Roch Marc Christian Kaboré, étaient bien conscientes de la nécessité d’une rupture totale dans la gouvernance. Comment comprendre alors la survivance des crimes économiques dont l’affaire Jean-Claude Bouda (avec la présomption d’innocence dont bénéficie l’ancien ministre), n’est que révélatrice aux yeux des Burkinabè ? Pourquoi, aujourd’hui, continuer un certain gangstérisme économique au sein de l’appareil de la République ? Visiblement, le peuple burkinabè n’a pas été bien compris par ses dirigeants et ses élites intellectuelles.

Or, le pouvoir de Roch avait tout pour réussir là où son prédécesseur a échoué. L’actuel président du Faso est un homme d’expériences, connu pour sa tempérance et sa pondération. Il était certainement l’une des personnalités, les mieux placées, pour diriger un pays meurtri et divisé à la suite d’une insurrection violente et après des années de crimes de sang, de crimes économiques et politiques. Il n’était pas le « révolutionnaire » dont le trait principal serait de tout casser et donc, il avait l’avantage de concilier les peurs et les attentes.

Et, il faut le dire, c’est sa personnalité que les Burkinabè ont votée en 2015 même si la machine électorale du parti a été d’une importance capitale. Oubliant que la mémoire collective est là pour juger les crimes, il nous semble que le président n’a pas tenu suffisamment compte des mutations socio-politiques du pays. Conséquence, un noyau dure s’est emparé des postes ou a placé ses pions au niveau de l’appareil de l’Etat. Incapable de faire sa mue, ce noyau dure ne fait que perpétuer la tradition d’une gestion tortueuse des affaires. Rien d’étonnant qu’avant même d’avoir commencé à juger les crimes économiques d’avant-insurrection, les box soient dressés pour juger des personnalités du régime actuel, né pourtant d’une fronde anti-mal gouvernance.

Le président Roch Marc Christian doit Kaboré doit regarder les choses en face et il faut espérer que l’affaire Jean-Claude Bouda contribue fortement à le réveiller. Dans tous les cas, la justice a découvert la faille pour enfermer les « intouchables ». C’est dire qu’aucun homme politique, quelle que soit sa puissance, ne pourra plus se soustraire à la justice en cas de crime.  Le pouvoir en place doit donc prendre les devants pour une rupture totale dans la manière de gouverner le pays et cela passe, surtout, par le choix des hommes et la prise de décisions pleinement assumées. Sinon, chaque nouveau pouvoir qui arrive au Burkina Faso devra se préparer à juger les crimes de son prédécesseur ou à juger, en même temps, ses crimes et les crimes des autres. Comme c’est le cas du régime Roch.

Wendpouiré NANA

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