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ME HERMANN YAMEOGO, président de l’UNDD, à propos d’un report des élections

« Une transition consensuelle qui n’exclurait pas forcement le président Kaboré, pourrait être à la manœuvre »

Me Hermann Yaméogo, président de l’Union nationale pour la démocratie et le développement (UNDD), est l’une des personnalités politiques qui plaident pour un ajournement des prochaines élections. Dans cet entretien, The Poste BF évoque avec l’homme, quelques sujets en lien avec les scrutins, présidentiel et législatifs, du 22 novembre prochain au Burkina Faso.

The Post BF : Les élections du 22 novembre s’approchent à grands pas. Comment se prépare l’UNDD, votre parti, à cette échéance ?

Me Hermann Yaméogo : l’Etat de la nation pour parler en termes militaires, commande la position du parti à cet égard. Et comme tout le monde, vous savez que cet état ordonne plus des mobilisations pour la survie nationale, que pour des parties de plaisirs électoraux.    

Vous faites partie de ceux qui militent pour un ajournement des élections. Pourquoi, selon vous, reporter ces élections ?

Pour mieux préciser les choses, je plaide pour une attention préalable à accorder aux brûlantes questions nationales avant d’aller aux élections. On ne demande pas à un malade convalescent de reprendre ses pleines activités avant son parfait rétablissement. Notre pays n’est même pas à ce stade de guérison. Il est toujours au plus mal. Et même de plus en plus mal. Des élections d’accord mais la guérison d’abord. Et pour cette guérison, il faut un traitement reposant, entre autres, sur la réconciliation et la mise à contribution patriotique des militaires de l’ex-RSP libérés, à l’effort patriotique de délivrance du terrorisme.

Vos contempteurs disent que, dans tous les cas, vous avez une habitude de ne pas participer aux élections. Que leur répondez-vous ?

Je n’ai jamais voulu me faire accompagnateur d’un scrutin présidentiel en y participant juste pour participer. Respecter le droit de suffrage, dans toute sa plénitude et le corps électoral, a toujours importé pour moi autant que la sécurité des Burkinabè et des électeurs particulièrement. Cette position, nous l’avons souvent partagée en collectif entre plusieurs responsables politiques à l’occasion de scrutins passés sous Blaise Compaoré. Et je vous signale que sous le pouvoir actuel, le souci de prioriser le règlement des problèmes cruciaux de la nation, avant des élections, a fait l’objet d’un consensus universel avec l’adhésion de nombre de Burkinabè et de structures à cette thèse. C’est le cas après la CODER, de l’Appel de Manega et surtout des coutumiers et religieux à travers un appel solennel lu au nom de tous, par le cardinal Philippe Ouedraogo le 10 janvier 2020 au palais du Moro Naba. Je vous dirais enfin qu’au Niger, les 4 fronts de l’opposition, ont scellé une plateforme dans laquelle cette préoccupation occupe une place majeure. Quant au Mali, en montant en neige la crainte d’un vide institutionnel pour tenir des élections, le peuple en est à craindre des menaces plus graves sur l’Etat, en raison de l’entêtement d’avoir forcé le scrutin dans des conditions déplorables.

En cas de report des élections, quelle est la formule institutionnelle et politique pour la gestion du pays ?

Le report permettrait de prendre des mesures pour la concorde et la réconciliation et de convoquer un dialogue national inclusif à décisions exécutoires. Cela donnera l’occasion de se pencher sur les questions nationales brûlantes et de trouver un consensus pour l’organisation du renouvellement des organes de l’Etat et une meilleure configuration du corps électoral. Une transition consensuelle qui n’exclurait pas forcement le président Kaboré, pourrait être à la manœuvre pour combler le vide institutionnel si redouté et préparer les conditions de la gouvernance future avec même des pouvoirs constituants.

D’aucuns estiment que reporter les élections, c’est provoquer une crise qui va s’ajouter à celles que le Burkina vit déjà. Qu’en dites-vous ?

Oui, ils ont malheureusement cet art de présenter les choses à l’envers. Mais les Burkinabè ne sont pas majoritairement dupes. Préparer des élections dans la violation de la constitution, c’est déjà en soi, prendre l’option pour une crise post-électorale. C’est exactement ce qui se passe au regard des graves atteintes au droit fondamental de suffrage en oeuvre avec une votation dans la restriction du droit de suffrage des Burkinabè de l’extérieur et de ceux de l’intérieur, chassés de leurs localités par les terroristes et par les exécutions extrajudiciaires sommaires.  Cela, sans compter d’autres cas intéressant notamment l’inféodation de la justice par le pouvoir ; ce qui hypothèque la qualité de la justice électorale. Aller à des élections dans des conditions d’autant plus marquées par des dérapages sécuritaires et sanitaires, exposant davantage les Burkinabè à la mort, c’est pour ceux qui s’y attellent  délibérément, faire le sacrifice de vies humaines sur l’autel de mandats électifs. C’est ça plutôt qui expose à des lendemains de contestations et de surplus de crises exacerbées. Le Mali encore une fois se donne en exemple dissuasif.

De toute évidence, ces élections auront lieu. Selon vous, que faut-il faire après ces élections ?

C’est vrai qu’elles peuvent se tenir et ils pourront même comme ils disent, rafler la mise au premier tour ou en concéder un second. Beaucoup du reste n’y verront que du feu. Pour ma part, je n’en mettrais cependant pas ma main au feu, déniant ainsi toute capacité de sursaut au président du Faso. Cette fatalité n’étant pas encore survenue, j’en appellerais aux proches de Roch Kaboré, qui ont plus d’affection pour sa personne que pour le pouvoir qu’il détient, afin de le convaincre d’accepter la concorde et le dialogue pour sauver l’essentiel. J’exhorterais les contre-pouvoirs à redoubler de persuasion, pour faire l’économie d’ardentes mobilisations futures, aux conséquences imprévisibles. Je demanderais aux Nations Unies, à l’Union Européenne, à l’Union Africaine et à la CEDEAO de se mettre dès maintenant, dans le meilleur esprit de la prévention des conflits, pour conseiller pendant qu’il est encore temps, la réconciliation et le dialogue afin de ne pas avoir à le faire en catastrophe, comme elles le font souvent en cas de crises mal appréhendées.

Certaines personnalités du régime sont soupçonnées de corruption dans un contexte où certains sont convaincus que le MPP et ses alliés pillent les richesses du pays. Quel est votre commentaire sur le sujet ?

Quand un pays donne de la bande à tous points de vue, il s’écroule aussi moralement. Dans ce cas, des abominations de ce genre arrivent.  Ce processus est d’autant plus inéluctable quand les motivations des dirigeants pour la conquête du pouvoir, ont plus été impulsées par une volonté de prédation que de service à la nation. Ce qui se passe de ce point de vue, est à la lumière de ce qui se passe en matière de terrorisme, de déplacements de populations, de crimes ethniques à connotations génocidaires. C’est du jamais vu depuis l’indépendance. C’est l’image dégoûtante d’une curée, de fauves qui se disputent dans le déchiquetage d’une charogne.  Qui l’eût cru, qui l’eût dit !

Quel regard critique portez-vous sur la crise politique au Mali ?

Ce qui se passe au Mali doit aiguiser notre conscience réflexive. Je relève un constat d’échec pour la classe politique classique, et pour la communauté internationale.  Les calculs d’intérêts chez l’une et l’autre aux détriments des mesures de prophylaxies sérieuses au plan politique, économique, social et de la gouvernance, ont fait le lit de la chute de confiance envers les gouvernants et les institutions. Aujourd’hui, nous avons une crise de légitimité ouverte qui pose de par sa profondeur un problème de révocation populaire de mandat et de refondation globale. Souhaitons que l’esprit de paix, le refus de la violence et les appels au civisme qui s’imposent au différend national, perdurent et impactent le processus de sortie de crise.

Propos recueillis par The Post BF

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